village de moissey

souvenirs de Marcel Guillaume (1904)

époux de Germaine Caillot, institutrice

doyen de moissey en 1996

vers 1925

Portrait de Marcel Guillaume vers 1925.

Marcel Guillaume est né à Moissey le 11 juin 1904,

dans la maison de ses parents (AB 163 et 164, en face de chez Ernest et Juliette Daudy),

- de son père Léon Guillaume (né en 1879 et décédé en 1919) et

- de sa mère Marie Odille (née en 1880 et décédée en 1954). La sage-femme s'appelait Julie Lasnier (mère d'Albert et de Marinette) domiciliée au château de Moissey avec son époux... Albert.

Sa soeur Berthe est née en 1908, et s'est mariée à Marpain avec Emile Belleney, (leurs enfants s'appellent Camille et Jacqueline).

Peu après sa naissance, la famille Guillaume s'installe dans la maison de culture à la sortie à droite du village, direction Pesmes (AB 145).

Le petit Marcel a fréquenté la classe enfantine, en bas de l'immeuble "logement de fonction" (AB 436), avec Mme Grebot, (alors qu'en haut sévissait Mlle Lissac dans la classe des filles), puis ensuite fréquente la classe des grands avec Mr Edmond Guinchard, dans l'immeuble "Mairie" (AB 191). A 13 ans, il quitte l'école pour travailler avec son père Léon qui est agriculteur.

Il a fait sa communion avec le curé Alexandre-Lucien Brûlot (1900-1917) celui qui a eu des mots avec Firmin Béjean, le laitier.

Firmin, depuis son grenier, avait cassé un carreau du presbytère avec une carabine. Heureusement, il n'y a eu aucun blessé. Mais le curé avait quand même porté plainte.


La guerre de 1914.

"Je n'ai pas passé le certificat pour cause de guerre de 14. Au moment de la déclaration de guerre, nous étions en classe, Mr Guinchard nous a renvoyés parce qu'il était mobilisé dans sa spécialité, garde-voie. Il était sergent. Nous avons eu quelques jours de "vacance" et c'est un jeune maître de Saint-Claude, M. Poussot qui l'a remplacé. Plus tard, il y a eu Mme Jannot. Bien sûr, on n'attaquait pas la classe avant la Toussaint car il fallait finir les travaux des champs, mais hormis ce privilège que nous étions nombreux à nous offrir, l'école s'est déroulée à peu près normalement.

Mon père Léon, qui faisait partie de l'auxiliaire a été mobilisé plus tard que les premiers, c'est-à-dire en 1915 ou 1916. Il a attrapé les fièvres sur le front de Salonique et il est revenu, très malade, mourir dans son village en 1919.

Ma mère et moi, et un journalier avons dû dès lors faire tourner la ferme, c'est-à-dire 5 vaches et 15 ha de terres".

 

L'agriculture.

"Au moment où mon père est mort, j'avais 15 ans. Le travail de l'agriculture n'était pas comme aujourd'hui, mais ce n'était déjà plus le moyen-âge. Tout le travail se faisait avec des chevaux et des boeufs. La charrue et les foins avec des chevaux, les boeufs, c'étaient pour les travaux de force. Pour les foins, on avait déjà une faucheuse mécanique, et bien avant moi, des dégraineuses à bras ou à manège.

- A bras, c'était un cylindre à dents, genre tarare, avec une manivelle,

- à manège, c'était un cheval ou un boeuf tournant en manège qui produisait la force : la dégraineuse était reliée au manège par un axe tournant, un peu comme les prises de force des tracteurs de maintenant.

Après, on a racheté une batteuse, qui est toujours là : la batteuse était sur un niveau élevé dans la grange, et sous elle, un manège avec 2 chevaux, entre les deux installations, une transmission avec une couronne.

Autour de mes 30 ans, j'ai acheté un moteur à essence pour produire la force de mouvoir nos machines, puis 10 années plus tard, j'ai acheté un moteur électrique.

Quelquefois, lorsque nous utilisions une machine à vapeur pour la batteuse, nous faisions venir un entrepreneur. Cette machine ressemblait un peu à une loco, avec sa chaudière et sa cheminée. Évidemment, elle tournait au charbon, et à l'eau.

On a eu l'électricité en 1910, je l'ai vue être installée.

Pour nos besoins en eau, nous avions un puits, avec une pompe à godets qui remplissait un abreuvoir en fer à côté. En hiver, comme la cour correspondait avec l'écurie, c'était facile de lâcher les bêtes dans la cour pour qu'elles s'abreuvent.

Autrement, on faisait boire nos bêtes à la fontaine de la République ou à l'abreuvoir du carrefour de la rue haute avec le CD 37. Pas loin de chez nous, il y a avait un puits réputé pour la fraîcheur de son eau. Ce puits existe toujours, il est sur la mitoyenneté du Docteur Magnette et la maison d'Albert Patin, aujourd'hui démolie. Ce puits faisait 13 m de profond, et tous ceux qui voulaient -en été- de l'eau bien fraîche pour le repas pouvaient venir puiser là.

Comme d'autres gens, on a eu l'eau avant l'adduction du syndicat. Quand ma femme était en retraite, en 1961, j'ai acheté un groupe électrogène qui motivait une pompe".

En 1924, Marcel Guillaume part au régiment, il fait son service militaire à Colmar dans le 12e de Dragons.

De son côté, une jeune institutrice qui sortait de l'Ecole Normale, après avoir fait 6 mois à Arbois, se trouve nommée à Offlanges à la place des époux Mourlin, qui devaient être nommés à Moissey... Finalement, c'est elle, Germaine Caillot, née à Boncourt en Suisse le 10 janvier 1906, qui fut nommée à Moissey.

"Mon oncle, Ernest Odille était maire, (successeur du Dr Claude Simeray, domicilié au "Prieuré" de la rue basse) et il avait 2 filles qui étaient donc mes cousines (Marcelle Odille, future épouse d'Angelo Rossetto et Armandine Odille, future épouse d'Attilio Turchetto). Elles fréquentaient la nouvelle institutrice et moi, je fréquentais mes cousines...

Alors, forcément, je ne vois pas comment j'aurais pu faire autrement que de rencontrer Germaine Caillot...

Nous nous sommes mariés à Saint-Cyr, près d'Arbois, en 1929. Elle a exercé un an ou deux à Saint-Cyr, puis à Pointre, puis à Frasne, enfin à Moissey en remplacement de Mme Lesnes.

Une fois mariés, le dimanche, nous allions chez ma soeur Berthe à Marpain ou chez les parents de Germaine, à Arbois, à moto puis en voiture. Sinon, nous sortions peu.

J'ai été conseiller municipal après la guerre de 1940.

Elle a pris sa retraite en 1961 et moi en 1969. Elle est décédée le 18 septembre 1992".

 

La belle époque.

Marcel Guillaume parle de la belle époque avec un enthousiasme qui nous ravit, car on voit qu'il replonge dans ce passé dont il garde des souvenirs excellents. En parlant, il revit le bon temps.

"Tout marchait bien, il y avait du travail pour tout le monde. Bien sûr, il y a eu la période triste de 1918, on ramenait les morts. La vie a repris ses droits, on a recommencé à danser, ce qui était jusqu' à lors interdit.

Le camp des Gorges était exploité par des prisonniers de guerre et gardé par des soldats. Tous les soirs, les soldats du camp venaient nous faire danser dans le Café Guillaume, dit aussi Café du Centre, à la place de la maison de la famille Barata. Tous les soirs, c'est-à-dire quand on venait verser notre lait à la laiterie, sous la partie amputée de l'immeuble "Clair". On se dépêchait de verser, puis on fonçait au Café Guillaume, les soldats jouaient de l'accordéon. On y restait jusqu'à une demi-heure. Les filles dansaient avec les garçons qui savaient, puis de fil en aiguille, elles apprenaient à ceux qui ne savaient pas. On buvait un peu de bière, oh, pas trop, on n'avait pas beaucoup de sous.

A cet instant de l'entretien, le regard du doyen est très illuminé.

Le dimanche, on jouait aux quilles, il y avait 2 jeux de quilles,

- un chez Barbier (cour de René Collieux), père de Charles-mari de Jeanne Miroudot et de Dédé-mari de Blanche,

- l'autre dans la cour de l'Hôtel des Voyageurs, contre l'ancien relais de la Poste aux Chevaux.

Le dimanche, après midi, filles et garçons allaient à pied route des Platanes. Il n'y avait pas d'autos...

 

Le Tacot.

...On allait voir le Tacot vers 16 heures. On voyait le chef de Gare, Monsieur Raget, dont le fils Louis est sur le monument des morts de la grande guerre. Monsieur Raget habitait au "Prieuré" en location chez Simeray. Le Tacot, c'était du plaisir, on le prenait pour aller à Dole faire des commissions, des petites commissions, car si c'était volumineux, on prenait plutôt le break à cheval; c'est une voiture à 4 roues, banquette à l'avant et deux bancs à l'arrière dans le sens de la longueur, en vis-à-vis.

Le jeudi à Dole, jour de foire, le break était tout indiqué pour les gros achats, par exemple pour ramener des cochons, de l'outillage, un moteur, des meubles, bref pour les grosses courses.

Ou alors, le Tacot, c'était pour quand il faisait pas beau. C'était bien facile, pratique. Quand on étaient galopins [adolescents], il arrivait que le dimanche, on descende à la Gare de Moissey, qu'on saute dans le Tacot jusqu'à Montmirey-le-Château, qu'on fasse une partie de quilles et qu'on re-saute dans le Tacot du soir jusqu'à Moissey. Il faut dire qu'il y avait une époque où passaient trois tacots par jour, c'est-à-dire six si on considère les deux sens.

Le Tacot, c'était à la portée de tout le monde. On prenait les tickets à la Gare, le contrôleur s'appelait Métadieu, et il contrôlait. Et ceux qui n'avaient pas de tickets, il leur fallait en acheter dans le train sinon c'étaient les ennuis.

Quand on allait à la foire le jeudi à Dole, le Tacot était particulièrement chargé, et ce n'était pas rare que dans la montée d'Archelange, les roues patinent. Nous les jeunes, quand on voyait ça, c'était un réflexe, on descendait et on poussait. C'était utile et on se marrait.

C'est souvent qu'on faisait la collation dans les wagons en instance sur la voie d'évitement. Il y avait toujours des voitures [= pour voyageurs] ou des wagons [= pour les marchandises] qui étaient là, qui attendaient du service. Avec les autres on allait prendre la collation, c'est-à-dire, on cassait la croûte, du pain et du fromage. Et à boire ? Je pense bien qu'il y avait à boire, et toujours assez. C'était du vin de Moissey. Sûr qu'il était bon. D'abord, les vignes de Moissey, c'étaient les mêmes que celles d'Offlanges ou de Menotey. Il y avait de la vigne partout. On faisait du blanc ou du rouge. C'était du vin de consommation courante, mais il était bon. Bien sûr, j'en ai fait du vin. Du vin pour nous.

 

Le jour de la fête de Moissey,

c'était pas compliqué, on la faisait toute la semaine. Le samedi soir, on portait les mais aux filles, et le lendemain on tournait dans le village avec un char garni de feuillages et attelé avec un cheval. Il y avait de la musique et de la bonne, car les musiciens de Pesmes qui venaient pour la fête, levaient les Saints avec nous et jouaient le bal. C'était compris dans le prix. Il y avait des pistons, des trompettes, enfin tous les instruments des musiciens.

En face de la Grande Fontaine, il y avait l'entrée du Château et l'entrée Collieux, mais il y avait quand même de l'espace. Une année, il y avait, pour la fête, des stands depuis le Café Guillaume jusqu'au Chemin Neuf (entrée du lotissement du Châtaignet), il y avait 2 bals. Il y avait un manège de chevaux de bois, non, il n'était pas électrique, il tournait grâce à...

suspense du conteur qui jubile,

...un cheval qui était caché dedans et qui manoeuvrait en manège, avec encore une transmission étudiée pour.

Puis après 1945, la circulation des autos s'était intensifiée, la fête a été transférée à l'ancienne Gare.

Il y avait aussi le caïfa, un gars de pas bien loin qui livrait à domicile la petite épicerie, dans une petite carriole à 4 roues qu'il poussait devant lui. Un marchand de légumes, un Italien qui venait de Chevigny faisait les portes, avec une charrette à cheval, il vendait de tout, même des marrons, il achetait des patates, enfin, il faisait du commerce dans les deux sens.

Je me rappelle aussi de ce messager, Begin de Brans, qui faisait le ravitaillement en gros des épiceries, avec des produits en vrac dans des sacs comme le café brut ou le sucre cristallisé.

Ce café était grillé par le détaillant, c'est ce que faisait le père Briet. De temps à autre, il installait le torréfacteur sur le trottoir devant son épicerie et ça embaumait toute la rue.

Le fils de M. Briet qui avait appartenu à l'armée de l'air britannique, dans les années 40, s'était illustré dans des missions de bombardement. En 1945, il avait été décoré par Winston Churchill lui-même qui lui avait offert... un cigare.

 

Sur le champ de foire de Moissey,

là où sont les Ponts et Chaussées, il y a eu des concours agricoles, avec des drapeaux sur des mâts, au milieu des Marronniers. Il y en a eu un en 1936, mais c'était rare, j'en ai peut-être vu un ou deux.

 

La vigne et la goutte.

- De la vigne, mon père en avait 4 hectares et moi, j'ai roulé avec un demi-hectare. Le problème a été celui du phylloxéra qui a tout dévasté. A Moissey, partout c'était de la vigne. Il a fallu arracher et faire autre chose. Pour maintenir la vigne, on a dû planter du plant américain qui n'attrape pas cette maladie, et s'en servir comme porte-greffe. Mais dès lors, il fallait cultiver autrement; non plus en foule (c'est-à-dire, sans géométrie), mais en rangs, ce qui allégeait drôlement le nombre de pieds, donc le rendement.

On a toujours fait du vin, mais pour nous.

- J'ai distillé jusqu'à ce que j'arrête la culture. Pendant la guerre, les Allemands nous ont fauché nos alambics. Après quoi, il y a eu un alambic communal, qu'on déplaçait de chez l'un à chez l'autre, pendant la période de distillation fixée par l'administration.

On goûtait. C'était obligé si on ne voulait pas sortir que de la blanquette, mais on ne faisait pas d'excès, ça c'est sûr.

J'ai encore le droit de bouilleur de cru, mais puisque je n'ai plus rien à mettre dans le chaudron, pour moi, c'est fini.

 

Le lait et le beurre.

Avant ma naissance, on portait le lait à l'emplacement de l'ancienne poste, puis chez Bel et Béjean, puis chez Béjean tout seul, et enfin, en 1911, au dépôt sous la boucherie. C'était pour le beurre. Avec le petit lait restant de l'écrémage, les producteurs faisaient du fromage blanc. D'ailleurs, ce sont ces produits-là que la Cossotte emportait au marché de Dole pour les vendre. Avec le sérum, liquide issu de l'égouttage, on élevait le cochon.

Il y avait une baratte pour faire le beurre. On écrémait et on battait, ça faisait du beurre.

On ne faisait pas de fromage, c'est plus tard, quand les paysans seront ramassés par un fromager de Frasne et plus tard, par la même coopérative installée sur Chevigny.

 

Le cochon.

Quand on avait tué le cochon, j'étais bien huit jours sans manger de viande, incommodé que j'étais par les odeurs.

On élevait un cochon, des fois deux. Au moment de le transformer en cochonnailles, on faisait venir des gens qualifiés pour ça. Ils faisaient les pâtés, le boudin, les saucisses et tout le reste allait au saloir.

On ne conservait que la viande de cochon. Pour manger, sinon, on avait les lapins, et la volaille.

 

La guerre de 1940.

A ce moment, mon épouse était institutrice à Frasne. J'allais à Moissey faire mon métier de paysan en vélo, puis plus tard en auto. En juin 1940, j'ai été mobilisé en Alsace, à Phalsbourg et dans les environs. La débâcle a été courte. Germaine a quitté Frasne avec sa mère, à pied, avec une charrette de gosse, et elles se sont arrêtées à Peintre puis ont fait demi-tour et sont rentrées soigner les cochons qui avaient été libérés pour qu'ils ne meurent pas de faim. Certains ont fait pas plus de 20 à 30 km avant de s'apercevoir que ça ne servait à rien.

Il y avait des résistants partout dans les bois, au Bois de Cronges, au Bois de Menotey, dans la Serre.

Des collabos à Moissey, non, mais à Frasne, oui, des vrais.

Il y avait des officiers allemands au Château Masson, mais on s'ignoraient, tout le monde se fichait la paix et ça allait.

Il y a eu les réquisitions. Il y avait une commission des réquisitions à Montmirey-le-Château. Il a bien fallu la subir; de temps en temps, il fallait livrer une bête, on la pesait à la bascule, à côté de la menuiserie d'André Guillaume, (fils d'un autre Léon Guillaume) mari de Blanche Ardin. En tout, j'ai pu livrer 3 ou 4 bêtes.

Les Allemands nous ont pris aussi un chariot de culture. Un jour, ils montaient la rue avec un cheval qui tirait une remorque à main, et devant chez nous, il y avait une charrette dételée. Dès que je les ai vus, j'ai dit à ma mère de nous dépêcher de la rentrer, mais c'était trop tard, ils l'avaient vue. Finalement, ils ont fait l'échange. C'était un cheval d'Authume.

Et puis, il y eu les réquisitions des autres, les résistants. Ils m'ont embarqué ma voiture. C'était une traction, vous pensez, une 9 CV, une des premières, que j'avais dû acheter en 1937 ou 1938.

 

La carrière des Gorges.

On en tirait du silex, du porphyre. Au début, c'étaient des prisonniers qui cassaient la pierre, puis plus tard, c'étaient des prisonniers politiques des Bat d'Af [Bataillons d'Afrique]. La compagnie des Tacots avait fait une ligne jusque-là. La pierre était amenée à concasser avec des petit wagonnets, puis elle tombait dans des wagons plats. Le camp avait sa propre locomotive pour manoeuvrer ses wagons, peut-être bien 5 ou 6.

Le directeur de ce Camp, M. Lamielle, en dehors de ses activités professionnelles, avait monté une société de musique. Il avait acheté des espèces de petites flûtes qu'on appelait "bigophones". Les répétitions avaient lieu chez lui, dans la maison de M. Colin l'éleveur de moutons (AB 120).

Quand j'étais à l'école, entre midi et une heure, on allait faire une virée rapide au camp, on faisait coucou en vitesse aux prisonniers roumains. Ils étaient sympa, on les chahutait. Ils étaient habillés en prisonniers de guerre, ils attendaient tranquillement, eux aussi, l'heure de la reprise. Ils devaient bien être une centaine.

Cette carrière, elle n'a pas dû marcher plus de 2 ans. Quand tout a été fini, des habitants du village ont acheté du matériel, des hangars, chez Béjean, chez le menuisier Guillaume, chez Collieux.

 

Le lavoir des Gorges.

Au départ, c'était un simple ruisseau, élargi à la pioche par les femmes. Il y avait beaucoup de monde qui le fréquentait. Germaine, qui était institutrice ne souhaitait pas laver son linge ici. De toute façon, après son poste à Frasne, on a habité à la ferme où il y avait l'eau.

Puis un maire, je ne peux pas dire lequel, a fait construire un vrai lavoir, un peu comme celui du pré d'Amont, avec une vraie toiture.

En fait, il y avait-là trois lavoirs, le premier, celui qui a été aménagé, qu'on appelait quand besoin était de faire la distinction "premier lavoir"; plus haut vers l'amont, le lavoir de la plaine, et encore plus haut, celui qu'on appelait "La Teuriette". Quand le premier était plein (de lavandières), il fallait se rendre au suivant, et ainsi de suite.

Les années de grande sécheresse, les femmes allaient jusqu'à la "Montée rouge", c'est-à-dire bien au-delà de l'extraction d'Eurite, et j'ai même connu le cas où elles avaient dû aller jusqu'à l'Ermitage, puisque là la source ne tarit jamais.

 

Les Carrières de Moissey.

Je connais bien l'origine de ces carrières. Je les ai vu débuter. Il s'agissait de journaliers, qui travaillaient pour leur compte, employés par personne, c'étaient des prestataires. Ils livraient de la pierre à qui les payait. Ça a commencé à droite en montant. Un très bon casseur avait du mal à casser 1 mètre-cube par jour. Ils tiraient sur les Bois communaux de Moissey. Mais tout ça, ça a commencé bien avant moi. Depuis 1855 ? Oh, même sûrement bien bien avant.

Autour des années 1920, des terrains ont été expropriés pour être exploités par le service des Eaux et Forêts. Ils y employaient une quinzaine d'ouvriers à produire du ballast. Mais bien qu'ils aient rendu les terrains en 1925, ils avaient arrêté bien avant.

Plus tard, vers les années 1930, a démarré l'exploitation Téliet.

Firmin Béjean -le laitier- faisait le transport de pierre puis il a ouvert un vrai chantier, à côté, dans les Bois Besson, on l'appelait l'Eurite de la Serre.

 

Monsieur Téliet.

C'était un raide. Un dur. Capable sûrement, mais dur. Il avait des idées d'avant-garde, mais ce n'étaient que des idées. Par exemple, il avait le projet de creuser un canal de Rochefort à Auxonne, pour convoyer sa pierre. Vous rendez-vous compte ?

 

Les Carrières meulières.

Quand je suis né, ça ne fonctionnait plus, c'était sur le territoire de Frasne. J'y suis allé me promener, une ou deux fois, pas plus. Un vieux bonhomme de Frasne tirait de la caillasse pour les Verreries de La Vieille Loye. Il en tirait, et un voiturier allait la chercher et l'emmenait sur le Tacot. Ça, c'est quand on était gosse.

 

Le café Fidalgo.

Monsieur Fidalgo était carrier chez Téliet. Il a quitté la carrière de porphyre pour s'installer à son compte: ouverture d'un café dans la maison 383/384, au bord de la place du village, exploitation de la carrière de Frasne, à l'endroit dit "Le Pontot", au bord du CD 37.

Les carrières du Mont Guérin sont hors service depuis longtemps. On y avait tiré de la pierre pour construire la voie du Tacot. Mais c'est de la pierre gélive, elle n'est pas bonne.

 

Le remembrement.

Il s'est étalé entre 1960 et 1970. Moi, ça m'intéressait car nos vaches empruntaient la route et je n'aimais pas ça. Avec les échanges de parcelles, j'ai retouché une grande pâture, un peu buissonneuse hélas, mais qui nous a permis de déplacer les bêtes en ignorant la route.

Il y avait des inégalités de qualité dans les parcelles échangées, c'est sûr, mais au bout du compte, les exploitations n'étaient plus du tout morcelées et ça, ça compte.

 

L'exploitation agricole.

Aujourd'hui, tout est là, les bâtiments et les machines à la retraite. Le matériel utile et les terres sont maintenant exploités par le petit-fils de ma soeur Berthe.

 

moissey, le mardi 9 juillet 1996 et le vendredi 22 août 1996.

en 1935

Emile Belleney et Berthe Guillaume, en 1935, parc de la Maison Besson (AB 266), occupée par la famille Téliet.

en 1935

Marcel Guillaume et Germaine Caillot en 1935, devant le café de Moissey

en 1935

En 1935, Emile Belleney, Berthe Guillaume et Jean-Marcel Téliet.

en 1935

Mariage Odille-Turchetto et Odille-Rossetto, 27 avril 1935, devant le café de Moissey.

en 1935

Le mariage des filles d'Ernest Odille, le 27 avril 1935, devant l'adjoint Maurice Besson et le curé Léonide Richard. Maurice Besson est sur cette image, tout en haut, à gauche.

en 1952

Le 28 mai 1952, Madame Germaine Guillaume s'est laissé surprendre par l'appareil photo de Jean-Marcel Téliet, c'était le jour du Certificat. Les époux Guillaume logeaient à l'étage de la première école, AB 436.

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